Dimanche 1 novembre 2009
Qui est Monsterlune?
Monsterlune est une créatrice de vêtements, de masques et de cagoules, doublée d'une peintre talentueuse et touchante (la créatrice autant que la femme, et même si ça fait un peu lèche, je le pense).
Elle dérange gentillement, canarde l'esthétique et nous déchire le portrait à coup de cutters enfantins.
Ce pourrait être la rencontre fortuite entre Freddy Krugger et une petite sirène, un amour impossible entre la rayure et la dentelle, la déchirure et sa doublure.
Monsterlune fabrique des créatures. Elle mêle, entremêle, emmêle et la cagoule prend vie entre les doigts de la petite couturière maléfique. Elle offre à nos visages des parures de cauchemars... douceur de ces faces douloureusement riantes que l'horreur métamorphose en rêves. Grandguignolette, de la famille des coquines profondément attachées à la beauté, elle a la candeur magnifique des monstres qu'elle fabrique.
Je suis heureuse qu'elle me permette de donner vie parfois à ses créations, j'aime devenir une créature monsterlunée, et chaque personne dans le "masque" dégage ce bonheur palpable du retour à l'enfance et à l'élaboration des fantasmes.
Vues de la cagoule, de l'intérieur du costume, le monde semble étrange. Les gens sont spectateurs et nous regardent comme si nous étions fous. Et nous le sommes parce que nous le voulons. La perversité n'est jamais vulgaire: si nos sexes sont grotesques et nos beautés tentaculaires, l'assouvissement de nos désirs reste voilé et nos plaisirs inavouables sont transfigurés. Nos enveloppes, de charnelles deviennent dentelles, vinyl, cornes, ongles, tissus déteints ou peints. Nous sommes des anges sanglants, avec des couteaux à la main, des êtres difformes, des soeurs siamoises, des écoliers pervers, des mariées improbables, tous démentiellement naïfs, s'amusant sans retenue dans une sorte de cour des miracles.
La monstruosité est un trompe l'oeil, ici les créatures sont joyeusement cruelles, là, elles jouent à se poursuivre. Couteau carton, feu, tentacules ivres d'espaces, visages aux bouches cousues ou décousues, parfois zippées d'un sourire. Les yeux ne sont pas en face des trous, mais le monde vu de l'intérieur de la cagoule n'est pas à sa place habituelle non plus. Pas grave, c'est bon et c'est beau.
Hier soir le défilé de Monsterlune s'est déroulé au troisième lieu (rue Quincampoix) et j'y étais! en plein dedans, jusqu'à la moelle en partant de la sueur.