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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 14:30

Ta dernière blague ne m'a pas fait rire.
D'ailleurs j'en ai oublié le début,
le
milieu
et
la
fin.


Je ne me souviens que de la chute,
de ses mouvements saccadés comme un ralenti obcène qui fait durer l'attente,
qui fait revivre ce qui n'a pas encore eu lieu;
l'avenir inéluctable et proche duquel on se retire, avec la souplesse d'un
élastique,
avec la rapidité d'un
élastique dont le l'élan prévisible
se
répète inlassablement,
puis
se
lasse.


Je ne me souviens que du sentiment de la chute.
Son silence s'est étalé comme une encre se couche sur du papier, avec impudeur
et cruauté
ne sachant pas qu'il allait être brisé,
ayant déjà survécu
à
maintes lectures
et aux froissements.


Je ne me souviens que du sentiment.
La fêlure du miroir piqué reflétait une image de moi
en noir
et blanc,
apaisante et tragique,
déchirée en son milieu,
vidée de ses mondes possibles,
étoilée,
sans lune.


Le temps a débordé, et puis, il a fui.
Les rustines ne tiennent plus, leurs mensonges s'échappent avec un petit sifflement qui rappelle que le cocasse(*) n'est jamais loin.


Je me tasse dans un coin.
En fait, je m'entasse.
Je fais les comptes.
Le temps fait le décompte,
et
je me rends compte
que
je n'en ai plus qu'un.
Nos valses en avaient bien trois?


Je me replie sur une ile entourée de terres que la pluie ne parvient pas à recouvrir. Les sables meuvent et engloutissent l'océan.
Tous les liquides sont en voie de disparition et il ne me reste plus qu'une cartouche d'encre. "Je" n'est plus un autre. Ma mémoire l'a perdu.

J'ai la syn-
cope
du détail.
Cinéma-
scope.
L'image est large et plate.
L'angle est grand.
L'horizon est de plus en plus
proche.
Je n'ai pas sommeil puisque je suis endormie.
J'attends un frère dans le bois mourant.
Je suis un film muet et ne me fie qu'aux apparences, les réalités n'étant pas moins trompeuses.
Je sais bien que l'homme qui rit y est contraint par des perspectives dépravées,
peintes à la main sur du carton, inventées
par un artiste
employé à
fabriquer des paysages,
des ruines et des regards.


J'ai la liberté
désespérante.
A chaque fois que j'ouvre les yeux, le monde me semble plat ,
et pourtant il tourne, il tourne,
et ne fait que tourner sur lui-même, sans jamais se retourner.
Alors,
j'avoue que
parfois,
souvent,
tous les jours,
je me détourne,
me détourne du
monde
et me retourne pour
te retrouver
et
tenter de
comprendre ta dernière plaisanterie.


Cette blague dont la chute t'a emporté.

Le titre est moins important que le sous-titre

 

 

 

(*) prononcer: "le silence" 

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 12:07
(autodafé-détail)

(autodafé-détail)

Sans faim, ni soif, la nuit est d'acier, elle coupe comme une feuille de papier à la pliure de l'index.

Les tables des matières sont pleines de mots et les livres sont pleins de morts sur le champs, sans honneurs et sans tourments, morts sur le chant d'une hirondelle qui n'a pas fait leur printemps.

Une rondelle de citron écrasée au fond du verre. Lime. Trime.

Les bulles remontent et les pépins se noient, enfin.

C'est le zeste zélé de la lime qui va et qui vient sans raison apparente. Les raisons ont-elles des apparences? Et en quoi les apparences seraient-elles plus trompeuses que les disparitions?

Si on mettait les morts en musique comme on y met les mots, on aurait que des silences. Alors on les coucherait sur du papier, on les plierait en quatre, en huit, en seize et on lancerait la boulette au chat.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 11:33

Il y a, au liseré de son manteau, à la lisère de son chapeau, un ruban blanc de zinc.

La risée de la fashion week, il frise le plouc, aspire à l'as de pique.

(fashion week, 27x22cm)

(fashion week, 27x22cm)

Il renifle de son long nez le fumet qui fuse des filles.

Il adore les ponts de Paris, les cons de la ville et les pissenlits entre les pavés, enracinés.

Décidé.

Noir.

La colère parfumée à l'amande douce et amère.

Il s'en fout, la beauté, il l'emmerde.

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 11:38
(Irrévérence, acrylique grattée 35x27 by xtin)
(Irrévérence, acrylique grattée 35x27 by xtin)

Tu m'as tiré les vers du nez comme d'autres tirent les cartes: pour mieux m'ôter les mots de la bouche.

Je t'ai abandonné au bord d'une route qui n'était pas la mienne. Je t'ai quitté "finger in the naze" et j'ai remis les mots dans ma bouche, bien à l'abri.

Mon silence est devenu barbare et déplacé comme un cheveu sur la poésie dans un monde de soupes.

Depuis que tu n'es plus là, je me délecte de la solitude et badigeonne les toiles d'un pigment Noir de Mars extrêmement toxique pour les voies respiratoires. Quand je n'aurai plus de peintures, j'arrêterai. J'arrêterai tout.

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 11:58
(la visite médicale, acrylique sur toile 80x40cm, by xtin)
(la visite médicale, acrylique sur toile 80x40cm, by xtin)

Un souvenir d'enfance.

Nous étions averties par un mot destiné à nos parents et qu'ils signaient pour approuver.
Les miens signaient comme beaucoup d'autres. Quelques élèves étaient étrangement exemptées de ce moment d'humiliation.


Alignées dans un couloir, nous attendions derrière une porte mystérieuse qui dévoilait, lorsqu'elle s'entrouvrait, une table à laquelle étaient assis des hommes en blanc qui s'étaient immiscés dans notre école de filles. L'institutrice était là pour nous rassurer alors que nous savions qu'elle nous trahissait et perdrait, à partir de cet instant et définitivement, notre confiance.


Lorsque venait mon tour, lorsque tous les regards d'adultes se portaient sur mon maillot et mon entre-jambe, j'éprouvais dégoût et haine. Je passe les détails douloureux de l'examen qui, même s'il était indolore, n'en a pas moins marqué les esprits à vie. A la question fatidique de ce médecin inconnu "Es-tu réglée?", je répondais "Non" parce que je ne comprenais pas la question et me disais que je ne devais donc pas être "une réglée".


Nous ressortions soulagées, le regard plein de compassion pour celles qui n'étaient pas encore "passées". Tu es passée? Oui. Nous ne faisions pas d'autres commentaires et il fallait plusieurs longues minutes pour que chacune raconte sa terrible aventure, aventure qui était semblable à celle de ses auditrices. Nous avions survécu à un cauchemar qui se répétait une fois par an depuis la plus tendre enfance.

J'ai aussi des souvenirs terribles des expéditions chez le dentiste et du petit camion bleu garé devant la maternelle, mais point trop n'en faut! Je ne parlerai pas non plus des petites toilettes alignées les unes à côté des autres sans séparations puisqu'à cette époque, les enfants en bas âge n'avaient pas de pudeur, que leur corps ne leur appartenait pas, que leurs émotions n'étaient que caprices, et leur douleurs de simples bobos.

Tout n'était pas "mieux avant".

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 13:27
(plaisanterie sur toile 41x33cm, par xtin, Contorsion n°2)
(plaisanterie sur toile 41x33cm, par xtin, Contorsion n°2)

Qu'est-ce qu'un phalluptère?

Le phalluptère est un organisme vivant et indépendant qui vit essentiellement la nuit, même s'il lui arrive de se manifester dans la journée pour les plus inventifs.

Il en existe plusieurs sortes: de roses clairs à bruns, de petits à gigantesques.

Le phalluptère brun serait un peu plus développé.

On le trouve parfois, ridicule ou magnifique, survolant les vergers.

Mode de vie:

Il se nourrirait essentiellement par la vue et le toucher et ne posséderait pas le sens du goût, c'est pourquoi il est difficile de savoir de quoi il se nourrit exactement, même si on le trouve le plus souvent dans les lieux sombres où il se tapirait pour guetter les proies sur lesquelles il se jette goulument après les avoir effrayées ou attirées par de nombreux subterfuges dont la parole, parole et parole. Dans la plupart des cas, les proies consentent à se faire dévorer, ce qui reste encore un mystère pour les chercheurs. On pense à un pouvoir hypnotique mais le doute persiste à ce sujet. Il arrive que certaines proies soient mangées contre leur gré, le phalluptère est alors condamné à se cacher pour survivre.

Son mode de chasse est variable et s'étale de mars à février, de l'aube à l'aurore. Il connaît des périodes de repos mais il est difficile de l'étudier longtemps dans ces moments, son instinct le poussant à l'action dès qu'il se sent observé.

Contrairement à la plupart des organismes vivants, il ne chasse pas uniquement pour survivre mais aussi par plaisir. Ce plaisir peut être provoqué pas diverses causes, qui, même si elles sont très simples à provoquer, ne seront pas énumérées ici à cause de leur trop grand nombre.

Au cours de son existence, il connaît moult mutations dont l'éventail varie autant que sa taille et sa forme.

A la fin de sa vie, il se nourrit moins: son appétit diminue et la chasse devient plus difficile face aux jeunes phalluptères dont la concurrence croît. Certains connaissent pourtant un regain de vitalité à maturité, essentiellement pour de petites proies faciles à attraper.

Lieux de prédilection:

On le trouve un peu partout sur terre. Il migre essentiellement en été et s'agglutine étrangement sur les plages où la chaleur et le soleil favorisent une alimentation dont le mode change, ce qui est dû à un appétit plus particulièrement exacerbé durant cette période.

Mode de reproduction:

Il ne se reproduit pas lui-même, mais participe activement.

Nous avons choisi ici de le représenter lors de sa migration, telle que nous l'imaginons car il est très difficile de le surprendre sans être soi-même surpris.

(détente au jardin, 41x33cm, contorsion n°1 par xtin)
(détente au jardin, 41x33cm, contorsion n°1 par xtin)

la campagne réserve d'autres surprises...

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 11:54
A l'arrache, il y a des peintures faites pour nettoyer les pinceaux, quand rien ne va comme on veut. Au fil du temps, la toile s'est salie et le pinceau est devenu propre avant qu'elle ne soit achevée. (40x80, acrylique)

A l'arrache, il y a des peintures faites pour nettoyer les pinceaux, quand rien ne va comme on veut. Au fil du temps, la toile s'est salie et le pinceau est devenu propre avant qu'elle ne soit achevée. (40x80, acrylique)

Peindre l'enfance, ce n'est pas peindre des enfants

Peindre l'enfance, ce n'est pas faire le portrait d'enfants, mais remonter à la source des sentiments, des apprentissages qu'au bout du compte, à l'âge adulte, on ne fait que réviser.

La plupart, peut-être même toutes nos sensations d'adultes ont été découvertes quand nous étions petits:

  • sentiment d'abandon
  • douleur et angoisse
  • solitude
  • injustice
  • joies et plaisirs

Nos douleurs d'adulte ne sont pas plus profondes, pas plus importantes. Les premiers émois sont sans doute les plus violents du fait de la découverte.

Peindre l'enfance, ce n'est pas peindre des enfants

Une dent perdue, et c'est l'apprentissage de la métamorphose, l'espoir de la récompense, le lien paradoxalement surnaturel qui nous unit à la nature et à l'inéluctable: grandir, c'est toujours abandonner quelque chose pour autre chose.

La chose abandonnée ne vaut pas moins, la chose acquise ne vaut pas plus.

Ce sont des nécessités vitales.

Peindre l'enfance, ce n'est pas peindre des enfants

Les enfants ne nous disent pas tout. Leurs secrets sont bien plus matures qu'il n'y paraît, et seuls les adultes qui ont oublié leur enfance peuvent avoir la certitude qu'il ne s'agit que de "petits secrets" enfantins, voire puérils.

L'adulte s'arroge le droit de décider que tel fait, telle action, telle pensée sont importants.

Il croit Savoir, de par son expérience personnelle qui n'est qu'uniquement universelle.

L'enfant ne craint pas le loup, il le cherche. Certes, le loup peut être dangereux, aux dires des adultes qui l'ont rencontré.

Peindre l'enfance, ce n'est pas peindre des enfants

L'enfance est un terreau, un support qui permet de faire comprendre à chacun, de partager ce que nous avons tous eu: une enfance.

Plus ou moins "réussie", plus ou moins heureuse, plus ou moins riche, elle est nécessairement "parfaite".

On ne se débarrasse pas de son enfance, mais seulement du loup (ce qui n'est pas si certain).

Peindre l'enfance, ce n'est pas peindre des enfants

Une part de nous-même apprend à obéir, et donc à se révolter, mais il s'agit de la même part. L'enfant désobéissant ne refuse pas d'apprendre, il refuse de se soumettre, et c'est à l'adulte de lui faire comprendre qu'apprendre et se soumettre sont les premiers pas vers l'autonomie, même si ça semble étrange à première vue.

Alors comment faire? Donner envie de se soumettre par la récompense?

C'est ce qui nous causera bien des soucis par la suite: faire la différence entre la satisfaction et la récompense, intégrer le groupe sans s'y faire dévorer.

La justice est un leurre auquel on aspire.

Peindre l'enfance, ce n'est pas peindre des enfants

Un jour, le sentiment d'abandon prend tout son sens, par un effet de boomerang incontrôlable qui est dans l'ordre naturel et cruel de notre nature.

Nous quittons la maison ainsi que nos parents, et un jour nos parents nous quittent définitivement.

Nous avons aimé une personne que nous avons quittée, une autre nous a quitté, et un jour, vers la fin, tout le monde nous quitte jusqu'à ce que nous quittions le monde.

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 15:09

ombres histoire5 xtin

l'Hiver (série "les petites ombres de l'histoire")
acrylique sur toile (33cm x 46cm)

 

 

Pour tous ceux qui auraient voulu mais qui n’ont pas pu, tous ceux qui n’ont jamais su, jamais appris, jamais voulu, tous ceux qui auraient pu mais qui n’ont pas fait, tous ceux qui ont rêvé dans la bulle de leur douce lâcheté, tous ceux qui avaient les moyens et ne les ont pas utilisés. 

 

Pour tous ceux qui n’habitent nulle part, tous ceux dont les pièces sont vides, tous ceux que les souvenirs ont rattrapés, détruits, tous ceux qui restent les bras croisés, les bras ballants, les bras coupés, tous ceux dont les rêves ont été anéantis, ceux qui n’en ont jamais eus, ceux qui s’en sont débarrassés, ceux qui les ont réalisés.

 

Pour tous ceux qui entendent mais n’écoutent pas, ceux qui parlent, ceux qui écrivent, ceux qui peignent, tous ceux qui ne changent rien car il n’y a rien à faire, tous les soumis, les révoltés, les chasseurs de moulins à vents, les enculeurs de mouche. 

 

Pour tous les laisser-pour-compte conscients ou inconscients de leur misère humaine, de leur pauvreté de sentiments ou de leur grandeur d’âme, tous ceux qui pavent l’enfer de leurs bonnes intentions, tous ceux dont les bons sentiments restent à l’état de ressentiments.

 

Pour tous ceux qui n’ont pas de travail, pas de femme, pas de mari, pas d’enfants, pas de voiture, pas de vacances, pas d’i-phone, tous ceux qui ne savent pas même ce que c’est. Tous ceux qui coordonnent leur montre et leurs chaussures, tous ceux qui mettent des crèmes anti-rides, ceux qui vont dans les salles de sport, ceux qui ne sortent plus, ceux qui sont toujours dehors. 

 

Pour tous ceux qui ont soif, qui ont faim, qui ont froid, qui ont trop mangé, qui ne mangent plus, qui se font vomir. 

Pour tous ceux qui ont des projets, ceux qui pensent à long terme, ceux qui ne pensent pas à demain, ceux qui ne pensent plus, ceux qui préfèrent ne pas y penser, tous ceux qui profitent de la vie, tous ceux qui spéculent, tous ceux qui parient.

 

Pour tous ceux qui se lèvent tôt le matin, ceux qui se couchent tard, ceux qui ne se lèvent plus.

 

Pour tous ceux qui sont malades, pour les enfants prématurés, pour les centenaires, pour les gateux, pour les vieilles peaux, les jeunes cons.

 

Pour tous ceux qui s’habillent en femme, ceux qui se la font couper, ceux qui n’ont pas de sexe, pas de droit, pas de prénom.

 

Pour tous ceux qui n’ont pas connu leurs parents, ceux qui les ont abandonnés, tous ceux qui n’ont pas de dieu, pas d’égérie, pas de muse, ceux qui prient quand même, ceux qui ne croient en rien , ceux qui ne sont pas baptisés, ceux qui n’iront pas au paradis à cause de cela, ceux qui n’iront pas malgré tout, ceux qui sont déjà en enfer, tous les téléspectateurs.

 

Pour tous les imbéciles heureux, les intellos malheureux, tous les riches et les beaux mal dans leur peau.

 

Pour tous les gauchistes fachos, les pédés homophobes, les gouines qui n’aiment pas les hommes, les femmes qui n’aiment pas les gouines, les hommes qui n’aiment pas les pédés, les hommes qui disent aimer la femme, les blancs qui n’aiment pas les noirs, les noirs qui n’aiment pas les blancs, les croyants qui n’aiment pas les infidèles, pour tous les cons qui n’aiment pas les cons, pour tous les cons qui n’aiment que les gens intelligents.

 

Pour eux, pour toi, et surtout pour moi, par ce que ça me fait du bien, parce que je crache dans la soupe insipide que j’avale depuis des années, parce que j’ai honte mais si peu, parce que je voudrais que les choses changent sans me faire trop mal, par ce que je ne milite pas, parce que je fais ce que je peux, parce que, malgré mes grands airs, mes belles idées, mon sens de la justice et de la morale, je fais comme eux, je fais comme toi, je fais comme tout le monde : « moins moche ma vie », une main dans la culotte et l’autre sur la zappette.

 

 

 

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 12:51

bip bip bip biiiiiip biiiiip biiiiip bip bip bip (*)

 

acouphenes01 2012 xtin

 

3 mois sans venir ici, 3 mois...

Nouveaux (relativement) dans ma vie d'acouphénique: les vertiges.

Un grand vertige dit "rotatoire" (existe-il des vertiges non rotatoires?) fin juillet m'a obligée à me traîner jusqu'au téléphone pour appeler les pompiers d'un poste fixe, le vertige ne me permettant pas de viser correctement les touches de mon portable trop petites à ce moment là.

Ugences hospitalières.

Tanganil en intraveineuse, ordonnance et "consultez un orl". J'en suis à mon ènième ORL, à mon énième test d'audiométrie dont le premier était "normal", à mon énième test VNG (test vertigineux), à mon énième difficulté à être "dehors".

Dehors, c'est grand, c'est là que se trouvent les autres, c'est là que se trouvent les amis, le travail, le cinéma, les salles de concert, le métro, les pompiers, les voitures, les restaurants.

 

Connectée à un site dont je ne ferai pas la publicité mais qui est censé aider et a le mérite d'exister, je me trouve confrontée à des pseudos, comme ici, comme partout, des "pseudos médecins", des pseudos acouhéniques", des "pseudos solutions", des "pseudos miraculés", des avatars dans le monde virtuel des réseaux asociaux.

 

acouphenes03 2012.xtin

 

Les consultations

Aucun ORL, je dis bien "aucun" ne m'a jamais demandé quelles étaient les conséquences des acouphènes dans ma vie au quotidien, aucun ne m'a jamais demandé quelle était l'intensité desdits acouphènes, aucun.

 

a) La rencontre

- Bonjour, qu'est-ce qui vous arrive?

- J'ai des acouphènes

- ça siffle ou ça bourdonne (ça c'est super important!)

- ça siffle.

 

b) Les réponses diverses de mes divers orl:

ORL 1:
vous avez un bouchon, je vous le retire (plus de bouchon après, mais acouphènes toujours présent, à chaque fois et j'y ai eu droit 3 fois). Ensuite on fera un test d'audiométrie.
Ordonnance de vastarel, puis tanakan, puis... je ne sais même plus.

 

ORL 2: 
beaucoup de gens souffrent d'acouphènes (et alors?). 
On va faire un test d'audiométrie. (Et tu me demandes pas si c'est fort ou pas, à quel moment, combien de fois, rien??? Tu ne me demandes rien...).
Ordonnance de vastarel (depuis sur la liste des médicaments dont l'interdiction est demandée par feu l'AFSSAPS devenue ANSM)


ORL 3, 7:
vous savez, concernant les acouphènes, on ne sait pas encore, blablabla... (au moins, il ne ment pas celui là). 
On va faire un test d'audiométrie.

 

ORL 4: ça vous démoralise, hein? (compassion sans action n'est que ruine de l'âme)
Ordonnance de rivotril. (j'ai arrêté très vite quand je me suis rendue compte en effet que la vie était belle quand on n'est plus touché par rien ni par personne puisque rien n'est grave vu de la lune, merci à mon pharmacien pour sa mise en garde.)


ORL 5:
Vous avez déjà fait des tests d'audiométrie (ah ah!)


ORL 6:
ce peut être dû au stress ou à un problème dans l'oreille interne, mais on va faire une IRM. (Ben, pas de test d'audiométrie alors? Quant au stress, c'est sûr, j'en ai, mais je pense qu'il est dû aux acouphènes et pas le contraire)

 

ORL 8:
vous connaissez le symptôme hystérique? (pas vraiment, mais si tu continues à ne pas m'écouter, tu assisteras à une crise, abruti!)


ORL 9:
Ménière? pas Ménière?
Tanganil pour nier le tangage!

 

ORL 10:
Retrait d'un bouchon, tanganil, cortisone, IRM, VNG, test audiométrie, Betaserc. Ordonnance pour thérapie cognitive et comportementale, ordonnance pour prothèse auditive (bien que ce ne soit pas possible étant donné que l'audition fluctue d'un moment à l'autre, d'où mon scepticisme quant à la valeur des tests audiométriques) et peut-être la pose d'un drain si les vertiges persistent. (Le grand jeu contre les vertiges, et mes acouphènes, on n'en parle plus? Ah bon, c'est fini... Mais c'est exactement au même point que le premier jour!)

 

Ad libidum.
Je fais chauffer ma carte vitale, et ma carte bleue.

 

ORL 11: le 31 octobre 2012, rendez vous dans LE centre spécialisé, je vous raconterai, si j'ai la pêche, faute d'espoir.

 

acouphenes02 2012.xtin

 

c) Mes réactions

- mais c'est très fort, parfois je n'entends plus rien!

- comment faire dans la rue quand mon oreille se bouche et que ma tête tourne?

- ah bon, je dois m'asseoir et regarder au loin jusqu'à ce que ça passe?
C'est toi qui va expliquer au client, au patron, aux gens dans la rue que je dois m'arrêter, m'asseoir et regarder un point fixe, les yeux dans le vide jusqu'à ce que le vertige s'arrête, mais j'ignore combien de temps? Vas-y!

- je ne dois pas y prêter attention?
Ah, c'est donc de ma faute, j'y fais trop attention! J'écoute du heavy metal toute la journée, avec le petit manuel de la méthode Coué, comme ça je deviendrai vraiment sourde à force d'auto-persuasion?

- je dois éviter les endroits bruyants?
Alors je ne prends plus le métro, je ne sors plus dans la rue, j'évite de faire des courses et je ne viens plus vous voir parce que votre PC siffle terriblement et que la clim à l'entrée souffle comme un boeuf usé. En plus, soit dit en passant, je trouve indécent que vous m'imposiez de la musique dans votre salle d'attente dans la mesure où je souffre d'une hyperacousie et que comme beaucoup de vos patients, mon oreille est malade. Manque de tact.

 

Et puis je me calme, je n'en veux pas aux ORL, il sont autant perdus que moi, mais parlent-ils en notre nom dans leurs conférences et auprès des organismes voués à la recherche? 

 

acouphenes04 2012 xtin

 

En quoi l'acouphène est un handicap:

 

a) Ce qu'on ne peut plus faire dans la vie sociale (parce qu'avec un son d'hélicoptère dans la tête, doublé d'une oreille bouchée, ce n'est pas évident, liste non exhaustive):

- prendre le métro est un enfer

- la rue vomit du bruit

- se concentrer 

- aller au cinéma

 

b) Ce qu'on ne peut plus faire dans la sphère privée:

- écouter de la musique

- boire un verre avec des amis dans un bar

- être au calme avec un bon bouquin

- être disponible

 

c) Ma solution:

LES BOUCHONS D'OREILLE  (je sais, c'est pas bien, faut que l'oreille s'habitue au bruit, gnagnagna. Comprends pas comment mon oreille pourrait s'habituer au tintamarre.) 

Ils ont leur limite:

- ils atténuent un peu les bruits mais ne les couvre pas, pourtant ils aident à transformer certains bruits agressifs en simples sons agressifs.

- on ne peut pas manger avec des bouchons dans les oreilles, ni marcher, ni parler (essayez)

- leur frottement finit pas faire peler l'intérieur de l'oreille quand on est obligé de les mettre et de les retirer à longueur de journée pour répondre aux humains qui nous entourent.

- ils ne changent rien à l'intensité de l'acouphène mais évitent souvent son amplification suite à un bruit agressif ou récurrent venant de l'extérieur.

 

 

d) Les (vraies) solutions:

Il n'y en a pas. C'est une maladie qu'on a qualifiée comme incurable, définitivement, enfin depuis au mois les 14 ans que durent mes acouphènes.

 

e) Ce que vous pouvez faire (ou ne devez plus faire) sans que ça ne vous troue le cul

- ne pas chuchoter quand vous nous parlez

- ne pas hurler quand on retire nos bouchons d'oreilles (t'es aveugle ou quoi? t'as pas vu que je venais de retirer mes bouchons? tu hurles avant, pas après, connard!)

- faire attention à vos moqueries, on n'entend pas tout, mais on entend encore!

- ne pas vous énerver parce qu'on n'a pas tout compris (parce que nous sommes aussi énervés, mais en plus nous, on souffre un peu, quand même!)

- ne pas nous tendre votre super nouveau casque MPtruc avec le son à fond la caisse

- nous regarder quand vous nous parlez (le regard et le corps ont aussi leur langage)

- faire preuve de compréhension, notre air parfois renfrogné vient du fait qu'il est difficile d'avoir le sourire avec des grincements, chuitements, sifflements dans les oreilles

 

 

 

cas epineux 2012 xtinJe maintiens que les acouphènes ne sont pas psychologiques, alors me demander tout simplement de ne pas y faire attention, c'est un peu comme demander à un bossu de ne plus faire attention à sa bosse, et tout ira mieux! Aurait-on le culot de demander à un aveugle de faire comme s'il ne l'était plus, à une personne souffrant d'une angine de lui dire que si elle veut, elle peut ne plus avoir mal, que c'est une question de volonté, de mise en condition psychique?

Je ne suis pas responsable de cette maladie et n'ai pas de pouvoir pour lutter contre. Les acouphéniques sont laissés à l'abandon, sans aide réelle si ce ne sont des thérapies qui leur apprendront à vivre avec, ou du moins lui feront croire que c'est possible (et je vous dis pas le prix!). J'aimerais bien savoir combien parmi vous, non acouphéniques, pourraient imaginer vivre normalement avec un sifflet dans l'oreille, rien à voir avec le petit sifflement qui peut apparaître parfois dans l'oreille de chacun; il s'agit d'un bruit, pas d'un son. J'aimerais bien savoir comment on peut faire abstraction du fait que sur sur la durée s'empire l'acouphène: on s'use avec le temps, personne ne peut le nier. Et pourtant, personne ne semble le comprendre.

Je cherche le calme, pas le silence.

 

 

(*) S O S en morse

 

hephaistos xtin

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 22:02

La fille était attachée à son frère comme à nul autre. Ils étaient nés d'amours clandestines entre une déesse et un taureau.... évidemment. Depuis leur naissance, ils vivaient sur une île, abandonnés par une humanité qui ne rêvait plus et dont ils ne faisaient qu'à demi partie. La fille s'appelait Lise, le minotaure s'appelait Sans-nom. Le corps de Lise et celui de son frère étaient reliés par une attache située au niveau du plexus solaire de Lise et de trois vertèbres thoraciques de Sans-nom. Leur séparation était impossible puisqu'ils partageaient un même coeur, étrange organe dans lequel l'attache s'était infiltrée. Sans-nom, malgré son animalité, avait appris à ressentir les douleurs et les désirs de sa soeur, tout comme Lise savait accepter la parole sans verbe de son frère. L'un et l'autre se cotoyaient tendrement, n'ayant personne d'autre à aimer.

 

Ils ne pouvaient pas se regarder, et on leur avait confisqué les miroirs. Pourtant, quand il pleuvait, ils parvenaient à s'observer dans le reflet de la roche humide. C'était toujours un moment de joie, suivi, presque toujours aussi, d'un moment de révolte où Sans-nom se mettait à ruer pour se débarrasser de sa soeur parasitaire. Lise devait alors le calmer en murmurant des chansons à son oreille, en caressant la peau velue et douce située entre les deux cornes, en faisant danser ses mains légères comme des plumes.

Quand Lise pleurait, les larmes chatouillaient le dos de Sans-nom. La bête se mettait à pleurer aussi, mais Lise ne le savait pas.

On avait laissé des livres dans la grande pièce où ils dormaient. Lise y avait appris l'histoire du Minotaure et la légende d'Icare. Sans-nom ne comprenait pas ces histoires mais il écoutait la voix paisible de Lise lorsqu'elle en lisait des extraits à haute voix. Elle avait délicatement omis de lui lire tout le passage du crime de Thésée, persuadée que son frère ressentirait ce qu'il ne comprenait pas.

 

Chaque soir, ils montaient les marches du haut mur, et juste avant l'heure du coucher, allaient, silencieux, admirer la rencontre du ciel et de la mer, le passage du jour à la nuit. Sans-nom attrapait souvent un oiseau dont il aimait le chant, même si ce dernier finissait étouffé par ses grosses pattes. Il mettait parfois des heures avant de se rendre compte que le petit oiseau était mort, alors il le jetait loin avant que Lise ne s'en aperçoive, elle était si sensible... heureusement, la nuit était si noire à cette heure...

Au matin, sur la falaise, Lise regardait par dessus l'épaule de son frère qui la protégeait des grands vents venus du large. Elle attendait avec impatience la petite barque sur laquelle on transportait la nourriture et avait toujours l'espoir que le pêcheur accepterait de lui parler. Elle aurait voulu courir, voler vers lui, mais Sans-nom ne voulait jamais bouger. Parfois, elle fermait les yeux et s'imaginait entre les ailes d'Icare, portée sur un dos de duvet pour changer du dos de crins de son frère.

Lise et le Minotaure, "La minotaure" comme on les appelait au village, n'avaient pas de perspective d'avenir, si ce n'était de voir le jour suivant se lever. Lise savait que son espérance de vie dépendait de celle de son frère, elle préférait penser que Sans-nom ignorait qu'il lui faudrait mourir un jour. Elle préférait penser que Sans-nom ignorait ce qu'était l'Amour.

Sans-nom pensait la même chose que Lise.

 

lise et le minotaure by x.tin

Mais la toile ne devint pas. Encore une histoire inachevée.

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  • Un parcours d'autodidacte, en dents de scie...
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